
Le 13 janvier 2026, un couple suisse domicilié dans le canton du Valais a déposé une plainte pénale contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo et l'un de ses dessinateurs pour une caricature d'Éric Salch sur l'incendie de la station de ski de Crans-Montana la nuit de la Saint-Sylvestre qui a fait 41 morts et 116 blessés.
La caricature montre deux skieurs aux corps brûlés et couverts de bandages, et la légende :"Les skieurs brûlés font du ski, la comédie de l'année", en référence au film culte français de 1979 "Les bronzés font du ski" et aux victimes de l'incendie.
Le couple, Béatrice Riand et Stéphane Riand, considère que la caricature se moque des morts et des brûlés de l'incendie et qu'elle viole donc l'article 135 du code pénal suisse, qui criminalise la création et la diffusion d'images violentes qui "portent gravement atteinte à la dignité humaine".
Les plaignants estiment que le dessin "porte atteinte à la dignité des victimes et que le dessinateur ne représente pas la violence pour la condamner, mais la neutralise par l'humour. La caricature n'a aucune valeur culturelle, artistique, scientifique ou informative". Ils espèrent également que, s'ils gagnent le procès, l'indemnisation sera répartie entre les victimes.
Béatrice Riand, qui s 'exprimait à la télévision publique suisse (RTS), a déclaré que le procès avait pour but de lancer un débat : "Il s'agit d'une caricature inutile et vide qui n'apporte rien au débat public. Personnellement, je l'ai trouvée répugnante.
Vous pouvez suivre le discours de Béatrice Riand à partir de la minute 18:10.
Cet article du code pénal, en vertu duquel la plainte est déposée, couvre les cas suivants :
Représentations de la violence
Art. 135
1 Toute personne qui produit, importe, stocke, commercialise, promeut, expose, offre, montre, expose, rend accessible, acquiert, obtient, possède par des moyens électroniques ou autres, ou met à disposition des enregistrements sonores, des films ou des enregistrements vidéo ou d'autres objets ou représentations dans lesquels sont représentés des actes d'extrême violence envers des adultes ou des animaux ou des simulacres d'actes de cruauté envers des mineurs, sans motifs culturels ou scientifiques raisonnables, et qui, ce faisant, offense le public ou les médias, les films ou enregistrements vidéo ou autres articles ou représentations dans lesquels sont représentés des actes de violence extrême envers des adultes ou des animaux ou des simulacres d'actes de cruauté envers des mineurs, sans motifs culturels ou scientifiques raisonnables, et qui, ce faisant, portent gravement atteinte à la dignité humaine fondamentale, sont passibles d'une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à trois ans ou d'une amende. Si les articles ou les représentations contiennent des actes de cruauté réels envers des mineurs, une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à cinq ans ou une amende est imposée.
2 Quiconque consomme ou, pour sa propre consommation, produit, importe, stocke, acquiert, obtient par des moyens électroniques ou autres, ou possède les articles ou représentations visés à l'alinéa 1, première phrase, est puni d'une peine privative de liberté d'un an au plus ou d'une peine pécuniaire. Si les articles ou représentations ont pour contenu de véritables actes de cruauté envers des mineurs, une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à trois ans ou une amende sera prononcée.
3 Les objets en question seront confisqués.
Charlie Hebdo a réagi à l'annonce du procès en publiant une autre caricature comme"dessin du jour", également d'Éric Salch. La caricature pose la question: "A-t-on le droit de blasphémer les Suisses ?" et ajoute la légende "La rédaction décimée par deux arbalétriers".

L'image montre deux personnages suisses déguisés en Guillaume Tell et armés d'arbalètes à la porte du bureau de Charlie Hebdo, regardant les caricaturistes ensanglantés qui ont été abattus. La scène recrée intentionnellement l'attaque de la salle de rédaction de Charlie Hebdo en 2015.
Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo, s'est exprimé sur la télévision publique suisse (RTS) :
"C'est très curieux, car les messages que nous recevons des citoyens suisses indignés sont très respectueux, alors que d'habitude ils nous disent d'aller manger nos morts".
J'essaierai de suivre l'évolution de cette affaire pour savoir comment la procédure judiciaire se termine, car dans de nombreux cas similaires, il y a beaucoup de publicité pour le procès, mais très peu ou pas du tout pour le jugement.
Source : L'1Dex
L'humour en difficulté, un recueil de cas
Des cas de dessinateurs qui ont eu des problèmes plus ou moins importants à cause de leurs dessins ou illustrations satiriques. Il y a aussi des histoires d'autres personnes qui, sans être des dessinateurs, ont eu des ennuis pour les avoir partagées.








